Souche Magazine

Laurence Anyways : Un excès de cinéma

Written by  Anne-Frédérique Hébert-Dolbec | 28 Jui 2012

Avec sa nouvelle œuvre cinématographique Laurence Anyways, Xavier Dolan (J’ai tué ma mère, Les Amours Imaginaires)  faisait face à tout un défi : prouver aux spectateurs qu’il pouvait, avec un budget de 8 millions de dollars et un film d’une durée de 2h41, demeurer fidèle à son style éclectique et à son sens inné du dialogue. Pari réussi!

Laurence Anyways raconte une tragique histoire d’amour entre un homme, Laurence (Melvil Poupaud, convainquant) qui souhaite changer de sexe et la femme de sa vie, Fred (Suzanne Clément, vibrante d’émotions), qui cherche désespérément à ne pas perdre le contrôle de sa propre identité dans l’aventure.

Malgré quelques détonations dans les niveaux de langage des différents dialogues, le scénario de Laurence Anyways est  axé sur les excès de spontanéité et les émotions des personnages et fait place à des répliques cinglantes et efficaces. Comme dans les autres films de Dolan, la musique (Jean Leloup, Céline Dion, Julie Masse) sert extrêmement bien l’ambiance de l’œuvre et l’époque où se déroule le scénario.

Dolan laisse de côté la transformation psychologique du protagoniste, s’attardant plutôt aux conséquences externes de sa métamorphose plutôt qu’à la motivation intrinsèque de celle-ci, ce qui s’avère souvent frustrant. Le cinéaste met l’accent sur les silences pesant et, de cette manière, cherche à positionner les spectateurs dans la même incompréhension que les personnages face au changement d’identité de Laurence.

Malgré le jeu poignant des deux acteurs principaux, c’est Monia Chokri, dans le rôle de la sœur de Fred, qui vole la vedette. Son personnage de jeune fille blasée et rebelle est attachant et se trouve à mille lieux de l’amoureuse transie qu’elle interprétait avec brio dans Les Amours Imaginaires. À surveiller…

On reconnaît le réalisateur dans son usage de gros plans, qui mettent l’emphase sur des expressions, des objets, des détails reflétant une certaine banalité, constamment mise en contraste avec l’aspect kitsch des années 90 et les couleurs éclatées des costumes et des décors.

Dolan abuse aussi ouvertement de procédés cinématographiques : les ralentis, les cadrages imaginatifs, les couleurs, l’utilisation de la caméra à l’épaule offrent tour à tour des petits bijoux de cinéma où l’émotion est exacerbée, telle que cette scène de retrouvailles des deux amants, où la caméra virevolte au rythme de l’excitation de ceux-ci. Toutefois, bien que le récit parvienne à contenir l’attention malgré la longue durée du film, le rythme est parfois brisé et se perd dans les multiples effets de style et dans les moments frôlant l’absurdité. 

Bref, Dolan fait preuve d’un excès calculé dans sa frénésie cinématographique. De quoi plaire à plusieurs amoureux du cinéma, qui reconnaîtront les plus grands réalisateurs du siècle dans les inspirations du jeune homme.


Étudiante en journalisme à l'Université de Montréal. Diplômée d'un baccalauréat en études cinématographiques et littérature comparée. Violoncelliste à ses heures et entraîneure de gymnastique. Dévoreuse de livres (et de tout ce qui se mange!) assidue. Future globe-trotter. Fascinée par le cinéma, l'art de la scène, le voyage, ainsi que l'individu, ses choix et ses incessants questionnements. Objectifs de journaliste: Expérimenter différents styles journalistiques. Varier mes centres d'intérêts. Apprendre. Objectifs de vie: le savoir, la découverte, le risque.