Souche Magazine

SOUCHE rencontre Karl Wolf

Written by  Linsay Philippe-Auguste | 27 Mar 2012 27 Mar 2012

Débordant d’énergie, Karl Wolf nous a accordé une entrevue lors de son passage à Montréal le 15 mars dernier.

Par sa candeur et sa bonne humeur contagieuse, personne n’aurait soupçonné que le chanteur canadien, en tournée avec le groupe Hedley, n’a eu que deux heures de sommeil et a passé un 48 heures frénétique à voyager de San Francisco à Toronto pour ensuite faire escale dans sa ville d’adoption.

Tu es présentement en tournée au Canada et ton nouvel album, « Finally Free », sera bientôt disponible. Quelle a été l’inspiration derrière le titre de cet album?

En fait, le titre de mon album sert de métaphore pour une multitude de choses, telle que la liberté que j’ai pu trouver en tant qu’artiste. Mes parents sont nés à Beyrouth au Liban et mon père a dû quitter le pays quand j’étais très jeune à cause de la guerre civile à l’époque. Je sens qu’en venant m’installer au Canada, j’ai pu y trouver une certaine liberté que mon père n’a jamais connue. Avec tous les avantages qu’apporte cette liberté, cela me permet de réaliser de grands projets qui n’auraient pas pu s’accomplir dans un environnement perturbé par la guerre.  Je suis à une étape dans ma carrière où j’ai le privilège de composer des chansons dans les styles qui me plaisent et j’ai enfin réussi à me faire accepter par le public. À mes débuts dans le monde de la musique et aussi lors de mon arrivée au Canada en 1995, les gens n’étaient pas très réceptif à mon style et à mon approche musicale; on me disait que je n’avais pas l’étoffe pour me démarquer dans l’industrie. Et maintenant, j’y suis arrivé, j’ai réussi à percer dans le monde de la musique.

À quoi peuvent s’attendre tes fans avec ce nouvel album? 

Je suis un grand fan de dancehall et de R&B et cet album contient toujours ses influences musicales, tout en fusionnant des rythmes house et électro. J’ai exploré de nouveaux sons et je trouve ça stimulant d’expérimenter d’autres styles musicaux, surtout que nous sommes à une époque où la musique dance est à son sommet; c’est un style plein d’énergie, tout comme moi. 

En considérant les années d’expériences que tu as acquises en tant que compositeur et interprète, quelles ont été les modifications que tu as dû apporter à ton approche artistique lors de la réalisation de ce projet?

Sans aucun doute, j’ai appris à collaborer davantage avec des artistes. Lors de mes tout débuts, je voulais créer mes propres chansons et mon propre son par moi-même afin de mieux définir ma personnalité. Je voulais tout faire à ma manière. Je tenais à me prouver que j’y arriverais : que j’échoue ou que je réussisse, je serais en mesure d’évaluer mon succès et d’être fier de ce que j’accomplirais. Maintenant, je collabore souvent avec différents types d’artistes et des réalisateurs m’envoient leurs compositions, ce que je n’aurais jamais osé faire auparavant. Désormais, je me permets d’écouter des compositions autres que les miennes et de les utiliser pour créer mes propres chansons. Ça a tout à fait changé mon approche en tant que réalisateur et c’est à mon avantage, car je suis si occupé avec ma carrière et ça ne me laisse plus assez de temps pour être en contrôle de chaque détail de la réalisation. C’est toujours agréable de se faire aider, surtout que cette année j’ai signé cinq nouveaux artistes, alors je suis aussi gérant et mon gérant m’aide beaucoup dans mon travail.

Jusqu’à présent, tu as remporté trois prix de la SOCAN (Society of Composers, Authors and Music Publishers of Canada), tu as été récipiendaire d’un Félix, d’un prix SOBA (Sounds of Blackness Awards) et d’un prix MTV Europe Awards. Malgré tout ce succès, quels sont les défis auxquels tu es encore confronté à cette étape de ta carrière? 

On est aussi bon que notre dernier hit : c’est ma façon d’évaluer mon succès dans cette industrie. La compétition est féroce; les artistes composent de si bonnes chansons, surtout aux États-Unis et en tant qu’artiste anglophone, je dois rivaliser contre Usher et tous ces chanteurs incroyables pour avoir une place à la radio. Mes chansons doivent être phénoménales; je ne peux pas me contenter d’avoir de « bonnes » chansons. Elles doivent sortir de l’ordinaire et c’est tout un défi quand on fait face aux compagnies de disques américaines qui, en un instant, peuvent déterminer si ma chanson sera un hit ou un flop. C’est parfois compliqué de les convaincre du potentiel qu’a une chanson. Néanmoins, je crois posséder un bon instinct par rapport à mes choix et jusqu’à présent il ne m’a pas fait défaut : ma chanson « Ghetto Love » a été certifiée or et « Mash It Up » l’est aussi. Ça fait deux chansons certifiées or en l’espace de cinq mois, alors je dois être sur la bonne voie!

Avec tout le succès que j’ai eu, je dois faire confiance à mon instinct et je suis vraiment reconnaissant pour l’appui que je reçois. Je me considère encore sous-estimé par mes pairs et c’est un sentiment que j’ai toujours ressenti. Mes parents m’ont toujours inculqué l’importance de travailler avec acharnement. Ils possédaient peu lorsque nous étions au Liban; mon père a tout perdu là-bas, ce qui explique pourquoi la chanson « Finally Free » m’est si chère. Elle raconte que malgré tous ses gens qui me critiquent, m’insultent et qui s’opposent à moi, ce n’est rien car je reconnais que ce que mon père a vécu durant son parcours était bien pire. Je célèbre le fait que je sois venu ici au Canada, que je sois heureux et que j’ai cette liberté qu’il n’a pas eue.

En effet, le thème du combat et de la survie rejoint une multitude de gens. Beaucoup de tes fans doivent sûrement se sentir interpellés par ce message, car plusieurs d’entre eux, surtout ceux qui ont grandi à Montréal, sont issus de communautés ethniques et, soit eux ou leurs parents, ont vécu un passé similaire au tien ou à celui de ton père.

Et je fais toujours face à ce combat; les gens ne savent pas cela à mon sujet en se fiant à mon apparence, mes lunettes fumées, etc. Ils ne se doutent pas des épreuves par lesquelles j’ai dû passer.

Justement, quelles sont les idées préconçues que les gens se sont faites à ton sujet?

Il y en a tellement, surtout parce que j’ai le look typique d’une vedette Pop/R&B. Mais cette allure reflète qui j’étais vraiment, avant même d’avoir du succès. L’apparence m’importe peu; mon but premier est de faire de la musique, de rassembler toute sorte de gens et de changer le monde à ma façon, à travers la chanson. Les gens ne comprennent pas que je suis une personne très spirituelle et j’applique cet vision dans tout ce que je fais. Je crée de la musique avant tout pour plaire au public. Je suis un musicien; mes parents sont musiciens, alors le talent de musicien coule dans mes veines. J’en aurais fais même si j’étais devenu avocat ou si j’avais fais n’importe quel autre métier. Je n’ai pas décidé d’œuvrer dans l’industrie de la musique pour avoir de la gloire; je suis devenu un artiste parce que je prends beaucoup de plaisir à rendre les gens heureux.

Comment ton parcours et ton éducation au Liban, à Dubaï et à Montréal ont-t-ils influencés ton identité en tant que musicien? 

Mes parents jouaient souvent de la musique arabe dans mon enfance; en grandissant au Liban et à Dubaï, j’essayais de me distancer de ma culture, je n’osais pas avouer que j’étais arabe. Ce n’était pas très cool quand j’étais enfant d’afficher qu’on était arabe. En vieillissant, j’ai mûri et j’ai réalisé mes chansons ont pu briser des barrières : « Yalla Habibi » est devenue la première chanson avec un titre en arabe à atteindre le haut des palmarès au Canada. Les gens prennent note de cela et même ceux qui ne sont pas d’origine arabe aiment que je reste fidèle à mes racines. Je crois bien que c’est l’essentiel de mon travail : de briser les barrières culturelles avec mes chansons. « Butterflies » a aussi des sons arabes dans sa mélodie. Je m’efforce t’intégrer des éléments de ma culture dans 2 à 3 des chansons par albums et ce nouvel album ne fait pas l’exception : une chanson s’intitule « Belly Dancer » et l’autre « Tell Me ».

Quel a été le moment décisif qui t’as poussé à entamer une carrière dans la chanson?

Ma mère enseignait le piano, alors plus jeune j’en jouais régulièrement. Lors des fêtes de famille à la maison, je prenais place au piano et les invités venaient m’entourer pour m’écouter performer. Je jouais simplement pour moi, je ne jouais pas pour attirer l’attention, même si j’aimais bien que les filles me regardent jouer! Même à l’âge de 13 ans je voyais bien l’effet que j’avais sur mon entourage en jouant du piano : il y avait une certaine énergie dans l’air; j’arrivais à communiquer avec ces gens d’une façon unique et ils se sentaient attirés par la musique que je jouais.

Comment tes proches ont-ils réagi à ton énorme succès? 

Certains de mes amis ont été déstabilisés par mon succès et la plupart d’entre eux ne m’adressent plus la parole. Mes vrais amis ont tous gardés contact avec moi; mes connaissances et ceux qui n’étaient pas tout à fait de vrais amis ont déduis que j’avais la tête enflée et on se sont dit « Non, je n’appellerai plus Karl, il est une grande star maintenant, il ne voudra plus me parler, » ou bien ils me disent « Ah oui? Tu te crois meilleur que nous, maintenant que tu es une vedette? » Mais pas du tout! Je vais saluer mes amis comme d’habitude, mais certains ne comprennent pas que rien n’a changé. La transition a été difficile, par contre ma famille me supporte beaucoup; je n’ai qu’un meilleur ami et il accepte bien mon succès. 

J’ai choisi cette carrière et il y a des périodes creuses : les hauts sont très hauts et les bas sont très bas. On a qu’à s’adapter. 

En te remémorant tous les hauts et les bas de ton cheminement, t’arrive-t-il des fois d’être abasourdi par ton succès? 

Oui. Il y a des moments où je prends du recul et que je constate que oui, j’ai une dizaine de personnes qui travaillent pour moi, que ces gens dépendent de moi pour subvenir à leurs besoins. Je suis aussi propriétaire de quelques condos et j’ai des locataires : une d’entres eux est une enseignante à la retraite dans la soixantaine et moi, qui ressemble encore à un ado, je vais récolter le loyer entre ses mains! C’est étrange, car normalement les rôles seraient inversés. Tout cela me paraît légèrement irréel, mais je suis tout de même conscient de tout ce qui se passe autour de moi. 

En ayant un horaire si chargé, quels sont tes endroits favoris pour aller te détendre? 

Ma maison, je ne veux aller nulle part d’autre! Je reste à la maison, je regarde la télé; je me détends, personne ne me dérange, je commande du resto, soit de la cuisine indienne, arabe ou peut importe et je « chill ». Quand je suis en tournée, je suis entouré de mes amis, mais quand je suis seul, j’aime aussi être sur une plage pour me reposer et profiter de la vie. 

Le nouvel album de Karl Wolf, « Finally Free » sera bientôt disponible en magasin. Son succès « Ghetto Love » est présentement disponible sur iTunes.

(Photo: Universal Music Canada)


 Linsay Philippe-Auguste est la rédactrice en chef web de SOUCHE. Passionnée d’écriture, elle puise son inspiration dans le domaine de la mode, du cinéma, de la littérature et des arts de la scène. Après un court séjour à Toronto pour poursuivre des études en Book & Magazine Publishing, elle revient à Montréal, prête à entamer une brillante carrière dans le domaine de l’édition.